Chaque année c'est le même refrain : on rouvre la box après l'été, la poussière a pris ses aises, le substrat de la dernière récolte est encore dans le pot, et l'extracteur tourne un peu moins fort qu'avant. Repartir sur ces bases-là, c'est s'offrir des soucis évitables dès la troisième semaine de culture. Cette checklist reprend chaque poste dans l'ordre où je les traite chez moi, avec les chiffres et les gestes qui font la différence entre une reprise propre et un cycle qui traîne des casseroles jusqu'à la récolte. On y va poste par poste, sans rien survoler.
1 Nettoyage et désinfection de la box
Une box qui a servi tout l'été, ce n'est jamais une coquille vide. Les spores de Botrytis cinerea (la moisissure du bourgeon), d'oïdium ou de Pythium survivent des mois dans les recoins, les joints et le sol de la tente. Les œufs d'acariens et de thrips aussi. Rouvrir sans désinfecter, c'est réensemencer sa prochaine culture avec les problèmes de la précédente, souvent sans même le voir venir avant la floraison.
Concrètement, je vide entièrement la box, j'aspire parois et sol, puis je lave la bâche réfléchissante avec une solution d'eau oxygénée à 3-6 % (moins agressive que la javel, sans résidu chloré qui abîme le mylar sur la durée). En cas de contamination lourde de la saison passée (araignées rouges installées, oïdium généralisé), je passe à de la javel diluée à 1 pour 10, mais je rince ensuite abondamment à l'eau claire et je laisse sécher porte ouverte 24 à 48 h avant toute nouvelle plante : un résidu chloré au contact des racines fait plus de dégâts que la contamination initiale.
Les points qu'on oublie systématiquement : les pales de l'extracteur et du ventilateur (un dépôt de poussière peut faire chuter le débit réel de 20 à 30 %), la lentille des LED (une pellicule de poussière réduit l'intensité perçue de 10 à 15 %), et le bac de réserve d'eau où les algues adorent s'installer. Je désinfecte aussi mes outils de taille à l'alcool à 70°, un sécateur non nettoyé est un vecteur classique de transmission d'un cycle à l'autre.
🌱 L'astuce de Joseph
Ne javellisez jamais un filtre à charbon. On le dépoussière à sec, tapoté délicatement ou passé à l'air comprimé, jamais mouillé : l'humidité colmate le charbon actif et vous perdez toute son efficacité en une seule erreur.
2 Substrat frais : repartir sur une base saine
Un substrat qui a porté une plante en fin de floraison n'a plus grand-chose à offrir. Sa capacité d'échange cationique (la CEC, ce qui lui permet de retenir puis relâcher les nutriments) est épuisée, la salinité résiduelle traîne souvent autour de 2 à 3 mS/cm alors qu'on veut repartir sous 0,8, et la structure physique s'est tassée : moins de porosité, donc moins d'oxygène disponible pour les jeunes racines.
Je repars quasi systématiquement sur un terreau neuf, léger et faiblement pré-fertilisé comme le Terreau Biobizz Light-Mix 20L : ça laisse la main entière sur le programme de nutrition dès le premier arrosage, sans risque de surdosage caché par une base déjà chargée. Si le budget impose de réutiliser un vieux substrat, il faut le rincer à l'eau à pH 6,0-6,5 jusqu'à obtenir un percolat sous 1,0 mS/cm, en sachant que la structure physique dégradée, elle, ne se répare pas.
Le contenant compte autant que le substrat. Un Pot en textile 20L fonctionne par air-pruning : les racines qui atteignent la paroi respirent l'air ambiant et s'arrêtent naturellement au lieu de tourner en rond et de former un chignon racinaire asphyxiant. En contrepartie, le substrat sèche plus vite : comptez un arrosage tous les 1 à 2 jours en pleine floraison contre 3 à 4 jours en pot plastique classique. Un volume de 20L convient à une plante destinée à 80-120 cm de hauteur finale, ni plus ni moins.

3 Remise à niveau du climat : extraction et ventilation
Le climat de la box se pilote au VPD (déficit de pression de vapeur), pas juste à la température. C'est ce paramètre qui détermine si la plante transpire correctement ou si elle est stressée. En croissance, on vise 0,8-1,2 kPa, en floraison plutôt 1,0-1,6 kPa en montant progressivement. Concrètement : 24-26 °C lumière allumée, 18-20 °C la nuit (un écart de plus de 8-10 °C entre jour et nuit stresse la plante), et une hygrométrie de 55-65 % en croissance qui redescend à 40-50 % en floraison. Au-delà de 55 % d'humidité en fin de cycle, le risque de Botrytis sur les têtes serrées grimpe fortement.
Pour dimensionner l'extraction, le calcul est simple : débit nécessaire (m³/h) = volume de la box (m³) divisé par le temps de renouvellement voulu (en minutes), multiplié par 60. Une box de 120x120x200 cm fait 2,88 m³ ; pour un renouvellement toutes les 2 minutes, il faut environ 86 m³/h en théorie. En pratique, on majore de 25 à 40 % pour compenser les pertes de charge du filtre à charbon, des coudes de gaine et de la longueur totale. Un Extracteur TT MAX 125mm 2 vitesses donne cette marge : vitesse basse la nuit pour préserver l'hygrométrie et le CO2, vitesse haute en journée pour absorber les pics de chaleur sous les LED.
L'extracteur seul ne suffit pas. Sans brassage interne, l'air chaud et humide stagne en poches autour du feuillage dense, exactement là où la moisissure démarre. Un Ventilateur à pince Garden HighPro 15W réduit cette couche limite d'air stagnant autour des feuilles, ce qui améliore aussi l'absorption du CO2, et renforce les tiges par thigmomorphogenèse (le mouvement répété muscle la plante, utile pour tenir le poids des têtes en fin de floraison). Positionnez-le pour faire onduler légèrement le feuillage, jamais en jet direct et fixe sur les sommités, ça les dessèche.
Erreur que je vois revenir souvent : placer l'extraction en bas de la box. L'air chaud monte, l'extraction doit toujours se faire en haut, l'arrivée d'air frais en bas.
4 Contrôle et choix de l'éclairage
Le PPFD (la densité de photons utiles reçus par la plante) doit coller au stade de culture, pas rester fixe du semis à la récolte. On vise 100-300 µmol/m²/s pour un semis ou une bouture, 400-600 en croissance, 700-900 en floraison (jusqu'à 1000-1200 seulement si la box est enrichie en CO2, sinon c'est du gaspillage de watts). Le DLI (l'intégrale journalière de lumière) se calcule ainsi : PPFD x photopériode en heures x 3600, divisé par 1 000 000. Exemple : 600 µmol/m²/s sur 18h de croissance donne 38,9 mol/m²/jour ; 800 µmol/m²/s sur 12h de floraison donne 34,6 mol/m²/jour.
Avant de racheter, contrôlez ce que vous avez déjà. Une lentille poussiéreuse fait perdre 10 à 15 % d'intensité réelle, un ventilateur de driver encrassé fait grimper la température et accélère la dégradation des diodes. Après plusieurs années d'usage intensif, une perte de rendement de l'ordre de 10 % (le fameux seuil L70) est normale : c'est le signal pour repenser sa source plutôt que de s'obstiner. La distance au canopée compte aussi énormément à cause de la loi de l'inverse du carré : déplacer une lampe de 10 cm peut changer le PPFD reçu de 15 à 20 % en champ proche.
Pour choisir ou compléter un point lumineux selon la surface réelle de la box, voici la matrice que j'utilise avec les cultivateurs qui viennent en boutique :
| Surface / usage | Besoin lumineux | Produit recommandé |
|---|---|---|
| Appoint, petit espace, plante d'intérieur (~40x40 cm) | PPFD faible, spectre large | SpectraBULB X30, ampoule E27 30W |
| Bouturage, croissance, plante mère | Spectre bleu dominant, PPFD modéré | SpectraBUD M200 V2, 200W spectre bleu |
| Box 60x60 cm | PPFD croissance/floraison complet | Rhino Series 260 PRO, 200W plug & play avec dimmer |
| Box 80x80 cm à 1 m² | PPFD élevé sur surface étendue | SpectraWILD S320, barres Samsung 320W |
| Grande box 100x100 cm et plus | Couverture homogène sur grande surface | SpectraWILD M650, barres Samsung 650W |
L'erreur classique en rentrée, c'est de sous-éclairer une box de 1 m² avec un simple panneau 200W : le centre reçoit un PPFD correct mais les coins décrochent nettement, avec des écarts de rendement visibles entre les plantes du bord et celles du centre.
🌱 L'astuce de Joseph
Contrôlez la hauteur de suspension chaque semaine, pas une fois pour tout le cycle. La plante grandit, la distance à la source change donc chaque semaine : réajustez plutôt que de vous fier au réglage du premier jour.
5 Reprise de la nutrition en douceur
Des racines fraîches dans un substrat neuf, ce n'est pas encore un écosystème fonctionnel. La population microbienne qui aide normalement à assimiler les nutriments met une à deux semaines à se réactiver dans un terreau tout juste ouvert. Attaquer avec l'EC de la floraison précédente, c'est infliger un choc osmotique aux jeunes racines : l'absorption d'eau chute au lieu d'augmenter, et on obtient l'effet inverse de celui recherché.
Je démarre systématiquement à moitié dose, autour de 0,6-0,8 mS/cm d'EC, pH d'arrosage entre 6,0 et 6,5 en substrat terreau. Le Biobizz Bio Grow convient bien à cette reprise en douceur : ses sucres et acides aminés nourrissent justement la microbiologie du sol pendant qu'elle se remet en route, plutôt que de forcer une nutrition minérale que les racines n'ont pas encore la capacité d'exploiter pleinement. On monte ensuite progressivement vers 1,0-1,2 mS/cm en fin de croissance, en vérifiant toujours l'EC du percolat au fond du pot : elle ne doit pas dépasser l'EC d'arrosage de plus de 0,3 à 0,5 mS/cm, sinon il y a accumulation saline qu'il faut corriger par un arrosage abondant sans engrais.
Sur l'arrosage lui-même, mieux vaut soupeser le pot que suivre une routine fixe. Un excès d'eau chasse l'oxygène des racines (hypoxie), ce qui ouvre la porte au Pythium, justement le pathogène qu'on vient d'éliminer en désinfectant la box. Sur un pot en textile qui sèche vite, ça veut souvent dire des arrosages plus fréquents mais en quantités plus mesurées, jamais l'inverse.
6 Planning du cycle : caler son calendrier de rentrée
Une rentrée en septembre, ça se planifie à rebours de la récolte visée. Voici le calendrier que je tiens généralement pour une culture démarrée en indoor à cette période :
| Période | Étape | Repères |
|---|---|---|
| Semaine 1 (mi-septembre) | Installation, nettoyage, semis ou clonage | Photopériode 18/6, PPFD 100-300 |
| Semaines 2 à 5 | Croissance végétative | PPFD 400-600, EC 0,8-1,2 |
| Semaine 5-6 | Passage en 12/12, étirement initial | Hauteur x1,5 à x2 dans les 2 premières semaines |
| Semaines 6 à 14-15 | Floraison (8 à 9 semaines selon génétique) | PPFD 700-900, EC 1,2-1,6 puis flush |
| Mi-décembre | Récolte | Trichomes laiteux/ambrés proche de 70/30 |
Une nuance importante pour l'automne : l'air extérieur qui se rafraîchit facilite le refroidissement de la box, mais il peut aussi faire chuter l'hygrométrie sous 35 % en pleine floraison, ce qui dessèche les têtes plus vite que prévu. Prévoyez de ralentir l'extraction la nuit ou d'ajouter un humidificateur d'appoint si vos relevés passent sous ce seuil. Après la récolte, comptez 10 à 14 jours de séchage à 18-20 °C et 55-60 % HR, puis un affinage en bocal d'au moins 3 à 4 semaines avant de juger le résultat final : c'est là que la moitié des arômes se révèlent réellement.
Ce qui distingue une rentrée réussie d'une rentrée bancale, ce n'est jamais le matériel le plus cher, c'est la rigueur sur ces six postes dans l'ordre. Je vois trop de cycles qui partent mal parce qu'on a sauté le nettoyage pour gagner du temps, ou repris l'ancien substrat pour économiser vingt euros. Prenez la demi-journée qu'il faut pour tout remettre à zéro, vos plantes vous le rendront sur toute la durée du cycle.
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